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dimanche 18 novembre 2012

Baltasar Gracian : L’homme de cours


Baltasar Gracian : L’homme de cours

Baltasar Gracian est l’un des plus grands essayistes du 17ème siècle espagnol, que l’on peut comparer à Montaigne et à La Rochefoucauld. Ce jésuite peu ordinaire a réuni dans un petit manuel trois cents maximes, dans le but de proposer un art de vivre à la cour comme à la ville, en sauvant son honneur et son monde intérieur. Vaste programme…

Pourquoi de nos jours lire ce discret ouvrage, plutôt que le dernier best seller d’un gourou à la mode ou un manuel de management pour les nuls ? Tout dépend de l’idée que vous vous faites de vous et de vos contemporains, serais-je tenté de répondre. Il y est question de sagesse, mais aussi de noblesse de cœur.

Les conseils prodigués dans ce petit livre sont intemporels. Vous pourriez en retrouver une bonne partie dans des ouvrages d’auteurs d’autres époques ou cultures. 
Peut-être n’êtes-vous pas encore au bon moment de votre vie pour le lire, mais dans ce cas vous aurez connaissance de son existence et vous le lirez le moment venu.

Selon la formule de mon modeste blog, je vous propose ci-dessous quelques extraits, et comme c’est souvent le cas pour la littérature classique vous pouvez télécharger l’ouvrage complet par les quelques liens que je vous propose en bas de page.

Je vous conseille cependant, si le cœur vous en dit, d’acheter l’exemplaire publié par Folio classique, car il comprend une longue introduction très érudite de Marc Fumaroli ainsi que des notes très utiles.

Voici les quelques aphorismes que j'ai choisis pour vous, au hasard ?


LXXXVII
Cultiver et embellir.

L’homme naît barbare, il ne se rachète de la condition des bêtes que par la culture ; plus il est cultivé, plus il devient homme. C’est à l’égard de l’éducation que la Grèce a eu droit d’appeler barbare tout le reste du monde. Il n’y a rien de si grossier que l’ignorance ; ni rien qui rende si poli que le savoir. Mais la science même est grossière, si elle est sans art. Ce n’est pas assez que l’entendement soit éclairé, il faut aussi que la volonté soit réglée, et encore plus la manière de converser. Il y a des hommes naturellement polis, soit pour la conception, ou pour le parler ; pour les avantages du corps, qui sont comme l’écorce ; ou pour ceux de l’esprit, qui sont comme les fruits. Il y en a d’autres, au contraire, si grossiers que toutes leurs actions, et quelquefois même de riches talents qu’ils ont sont défigurés par la rusticité de leur humeur.


LXXXIX
Connaître parfaitement son génie, son esprit, son coeur, et ses passions.

L’on ne saurait être maître de soi-même que l’on ne se connaisse à fond. Il y a des miroirs pour le visage, mais il n’y en a point pour l’esprit. Il y faut donc suppléer par une sérieuse réflexion sur soi-même. Quand l’image extérieure s’échappera, que l’intérieure la retienne et la corrige. Mesure tes forces et ton adresse avant que de rien entreprendre ; connais ton activité pour t’engager ; sonde ton fonds, et sache où peut aller ta capacité pour toutes choses.


XC
Le moyen de vivre longtemps.

C’est de vivre bien. Il y a deux choses qui abrègent la vie : la folie et la méchanceté. Les uns l’ont perdue pour n’avoir pas su la conserver ; les autres pour ne l’avoir pas voulu. Comme la vertu est elle-même sa récompense, le vice est lui-même son bourreau. Quiconque vit à la hâte dans le vice meurt bientôt, et en deux manières ; au lieu que ceux qui vivent à la hâte dans la vertu ne meurent jamais. L’intégrité de l’esprit se communique au corps, et la bonne vie est toujours longue, non seulement dans l’intension, mais même dans l’extension.


XCIX
La réalité et l’apparence.

Les choses ne passent point pour ce qu’elles sont, mais pour ce dont elles ont l’apparence. Il n’y a guère de gens qui voient jusqu’au-dedans, presque tout le monde se contente des apparences. Il ne suffit pas d’avoir bonne intention, si l’action a mauvaise apparence.


C
L’homme désabusé. Le chrétien sage. Le courtisan philosophe.

Il faut l’être, mais ne le pas paraître, encore moins affecter de passer pour tel. Quoique le plus digne exercice des sages soit de philosopher, il n’est plus aujourd’hui en crédit. La science des habiles gens est méprisée. Après que Sénèque l’eut introduite à Rome, elle fut quelque temps en estime à la cour, et maintenant elle y passe pour folie ; mais la prudence et le bon esprit ne se repaissent pas de prévention.


CI
Une partie du monde se moque de l’autre, et l’une et l’autre rient de leur folie commune.

Tout est bon ou mauvais, selon le caprice des gens ; ce qui plaît à l’un déplaît à l’autre. C’est un insupportable fou que celui qui veut que tout aille à sa fantaisie. Les perfections ne dépendent pas d’une seule approbation. Il y a autant de goûts que de visages, et autant de différence entre les uns qu’entre les autres. Nul défaut n’est sans partisan, et il ne faut point te décourager si ce que tu fais ne plaît pas à quelques-uns, attendu qu’il y en aura toujours d’autres qui en feront cas. Mais ne t’enorgueillis point de l’approbation de ceux-ci, d’autant que les autres ne laisseront pas de te censurer. La règle pour connaître ce qui est digne d’estime, c’est l’approbation des gens de mérite et des personnes reconnues capables d’être bons juges de la chose. La vie civile ne roule pas sur un seul avis, ni sur un seul usage.


CIII
Conserver la majesté propre à son état.

Que toutes tes actions soient, sinon d’un roi, du moins dignes d’un roi, à proportion de ton état : c’est-à-dire procède royalement, autant que ta fortune te le peut permettre. De la grandeur à tes actions, de l’élévation à tes pensées, afin que, si tu n’es pas roi en effet, tu le sois en mérite ; car la vraie royauté consiste en la vertu. Celui-là n’aura pas lieu d’envier la grandeur, qui pourra en être le modèle. Mais il importe principalement à ceux qui sont sur le trône, ou qui en approchent, de faire quelque provision de la vraie supériorité, c’est-à-dire des perfections de la majesté, plutôt que de se repaître des cérémonies que la vanité et le luxe ont introduites. Ils doivent préférer le solide de la substance au vide de l’ostentation.
Le plus court chemin pour devenir grand personnage est de savoir choisir son monde.
La conversation est d’un grand poids. Les moeurs, les humeurs, les goûts et l’esprit même se communiquent insensiblement. Ainsi l’homme prompt en doit fréquenter un paisible, et chacun son contraire ; par où l’on arrivera sans peine au tempérament requis. C’est beaucoup que de savoir se modérer. La diversité alternative des saisons fait la beauté et la durée de l’univers. Si l’harmonie des choses naturelles vient de leur propre contrariété, l’harmonie de la société civile devient plus belle par la différence des moeurs. La prudence doit user de cette politique dans le choix des amis et des domestiques, et, de cette communication des contraires, il en naîtra un tempérament très agréable.


CIX
N’être point répréhensif.

Il y a des hommes rudes qui font des crimes de tout, non pas par passion, mais par naturel. Ils condamnent tout : dans les uns ce qu’ils ont fait, dans les autres ce qu’ils veulent faire ; ils exagèrent tout si fort que des atomes ils en font des poutres à crever les yeux. Leur humeur, pire que cruelle, serait capable de convertir les Champs élyséens en galère. Mais si la passion s’en mêle, c’est alors qu’ils jugent à toute rigueur. Au contraire, l’ingénuité interprète tout favorablement, sinon l’intention, du moins l’inadvertance.


CXV
Se faire aux humeurs de ceux avec qui l’on a à vivre.

L’on s’accoutume bien à voir de laids visages, on peut donc s’accoutumer aussi à de méchantes humeurs. Il y a des esprits revêches, avec qui, ni sans qui l’on ne saurait vivre. C’est donc prudence que de s’y accoutumer, comme l’on fait à la laideur, pour n’en être pas surpris ni épouvanté dans l’occasion. La première fois ils font peur, mais l’on s’y fait peu à peu, la réflexion prévenant ce qu’il y a de rude en eux, ou du moins aidant à le tolérer.


CXIX
Ne pas faire le revêche.

Il ne faut jamais provoquer l’aversion ; elle vient assez sans qu’on la cherche. Il y a beaucoup de gens qui haïssent gratuitement, sans savoir ni comment, ni pourquoi. La haine est plus prompte que la bienveillance ; l’humeur est plus portée à nuire qu’à servir. Quelques-uns affectent d’être mal avec tout le monde, soit par esprit de contradiction, ou par dégoût ; dès que la haine s’empare de leur coeur, il est aussi difficile de l’en ôter que de les désabuser. Les gens d’esprit sont craints ; les médisants sont haïs ; les présomptueux sont méprisés ; les railleurs sont en horreur ; et les singuliers sont abandonnés de tout le monde. Il faut donc estimer pour être estimé. Celui qui veut faire sa fortune, fait cas de tout.


CXX
S’accommoder au temps.

Le savoir même doit être à la mode, et c’est être bien habile que de faire l’ignorant où il n’y a point de savoir. Le goût et le langage changent de temps en temps. Il ne faut point parler à la vieille mode, le goût doit se faire à la nouvelle. Le goût des bonnes têtes sert de règle aux autres, dans chaque profession ; et, par conséquent, il faut s’y conformer et tâcher de se perfectionner. Que l’homme prudent s’accommode au présent, soit pour le corps, ou pour l’esprit, quand même le passé lui semblerait meilleur. Il n’y a que pour les moeurs que cette règle n’est pas à garder, attendu que la vertu doit se pratiquer en tous temps. On ne sait déjà plus ce que c’est que de dire la vérité, que de tenir sa parole. Si quelques-uns le font, ils passent pour des gens du vieux temps ; de sorte que personne ne les imite, bien que chacun les aime. Malheureux siècle, où la vertu passe pour étrangère, et la malice pour une mode courante ! Que le sage vive donc comme il pourra, s’il ne le peut pas comme il voudrait. Qu’il se tienne content de ce que le sort lui a donné, comme s’il valait mieux que ce qu’il lui a refusé.


CXXI
Ne point faire une affaire de ce qui n’en est pas une.

Comme il y a des gens qui ne s’embarrassent de rien, d’autres s’embarrassent de tout, ils parlent toujours en ministres d’État. Ils prennent tout au pied de la lettre ou au mystérieux. Des choses qui donnent du chagrin, il y en a peu dont il faille faire cas ; autrement on se tourmente bien en vain. C’est faire à contresens que de prendre à coeur ce qu’il faut jeter derrière le dos. Beaucoup de choses, qui étaient de quelque conséquence, n’ont rien été, parce que l’on ne s’en est pas mis en peine ; et d’autres, qui n’étaient rien, sont devenues choses d’importance, pour en avoir fait grand cas. Du commencement, il est aisé de venir à bout de tout ; après cela, non. Très souvent le mal vient du remède même. Ce n’est donc pas la pire règle de la vie que de laisser aller les choses.


CXXVII

C’est la vie des grandes qualités, le souffle des paroles, l’âme des actions, le lustre de toutes les beautés. Les autres perfections sont l’ornement de la nature, le Je-ne-sais-quoi est celui des perfections. Il se fait remarquer jusque dans la manière de raisonner ; il tient beaucoup plus du privilège que de l’étude, car il est même au-dessus de toute discipline. Il ne s’en tient pas à la facilité, il passe jusqu’à la plus fine galanterie. Il suppose un esprit libre et dégagé, et à ce dégagement il ajoute le dernier trait de la perfection. Sans lui toute beauté est morte, toute grâce est sans grâce. Il l’emporte sur la valeur, sur la discrétion, sur la prudence, sur la majesté même. C’est une route politique, par où l’on expédie bientôt les affaires ; et enfin l’art de se retirer galamment de tout embarras.


CXXXIII
Être plutôt fou avec tous, que sage tout seul.

Car si tous le sont, il n’y a rien à perdre, disent les politiques ; au lieu que si la sagesse est toute seule, elle passera pour folie. Il faut donc suivre l’usage. Quelquefois le plus grand savoir est de ne rien savoir, ou du moins d’en faire semblant. L’on a besoin de vivre avec les autres, et les ignorants font le grand nombre. Pour vivre seul, il faut tenir beaucoup de la nature de Dieu, ou être tout à fait de celle des bêtes. Mais, pour modifier l’aphorisme, je dirais : Plutôt sage avec les autres que fou sans compagnon. Quelques-uns affectent d’être singuliers en chimères.


CXLVIII
Savoir l’art de converser.

C’est par où l’homme montre ce qu’il vaut. Dans toutes les actions de l’homme, rien ne demande plus de circonspection, attendu que c’est le plus ordinaire exercice de la vie. Il y va de gagner ou de perdre beaucoup de réputation. S’il faut du jugement pour écrire une lettre, qui est une conversation par écrit, et méditée, il en faut bien davantage dans la conversation ordinaire, où il se fait un examen subit du mérite des gens. Les maîtres de l’art tâtent le pouls de l’esprit par la langue, conformément au dire du sage : Parle, si tu veux que je te connaisse. Quelques-uns tiennent que le véritable art de converser est de le faire sans art ; et que la conversation doit être aisée comme le vêtement, si c’est entre bons amis. Car, lorsque c’en est une de
cérémonie et de respect, il y doit entrer plus de retenue, pour montrer que l’on a beaucoup de savoir-vivre. Le moyen d’y bien réussir est de s’accommoder au caractère d’esprit de ceux qui sont comme les arbitres de l’entretien. Garde-toi de t’ériger en censeur des paroles, ce qui te ferait passer pour un grammairien ; ni en contrôleur des raisons, car chacun te fuirait. Parler à propos est plus nécessaire que parler éloquemment.


CCXVI
Parler net.

Cela montre non seulement du dégagement, mais encore de la vivacité d’esprit. Quelques-uns conçoivent bien, et enfantent mal ; car, sans la clarté, les enfants de l’âme, c’est-à-dire les pensées et les expressions, ne sauraient venir au jour. Il en est de certaines gens comme de ces pots qui tiennent beaucoup et donnent peu : au contraire, d’autres en disent encore plus qu’ils n’en savent. Ce que la résolution est dans la volonté, l’expression l’est dans l’entendement ; ce sont deux grandes perfections. Les esprits nets sont plausibles ; souvent les esprits confus ont été admirés pour n’avoir pas été entendus. Quelquefois l’obscurité sied bien pour se distinguer du vulgaire. Mais comment les autres jugeront-ils de ce qu’ils écoutent, si ceux qui parlent ne conçoivent pas eux-mêmes ce qu’ils disent ?


CCXVII
Il ne faut ni aimer, ni haïr pour toujours.

Vis aujourd’hui avec tes amis comme avec ceux qui peuvent être demain tes pires ennemis. Puisque cela se voit par l’expérience, il est bien juste de donner dans la prévention. Garde-toi de donner des armes aux transfuges de l’amitié, d’autant qu’ils t’en font la plus cruelle guerre. Au contraire, à l’égard de tes ennemis, laisse toujours une porte ouverte à la réconciliation, c’est-à-dire celle de la galanterie, qui est la plus sûre. Quelquefois la vengeance d’auparavant a été la cause du regret d’après, et le plaisir pris à faire du mal s’est tourné en déplaisir de l’avoir fait.


CCXLVII
Savoir un peu plus, et vivre un peu moins.

D’autres, au contraire, disent qu’un loisir honnête vaut mieux que beaucoup d’affaires. Nous n’avons rien à nous que le temps, dont jouissent ceux mêmes qui n’ont point de demeure. C’est un malheur égal d’employer le précieux temps de la vie en des exercices mécaniques, ou dans l’embarras des grandes affaires. Il ne se faut charger ni d’occupations, ni d’envie ; c’est vivre en foule et s’étouffer. Quelques-uns étendent même ce précepte jusqu’à la science. Ce n’est pas vivre que de ne pas savoir.


CCLIII
Ne se rendre pas trop intelligible.

La plupart n’estiment pas ce qu’ils comprennent, et admirent ce qu’ils n’entendent pas. Il faut que les choses coûtent pour être estimées. On passera pour habile, quand on ne sera pas entendu. Il faut toujours se montrer plus prudent et plus intelligent qu’il n’est besoin avec celui à qui l’on parle, mais avec proportion plutôt qu’avec excès. Et bien que le bon sens soit de grand poids parmi les habiles gens, le sublime est nécessaire pour plaire à la plupart du monde. Il faut leur ôter le moyen de censurer, en occupant tout leur esprit à concevoir. Plusieurs louent ce dont ils ne sauraient rendre raison quand on la leur demande, parce qu’ils respectent comme un mystère tout ce qui est difficile à comprendre, et l’exaltent à cause qu’ils l’entendent exalter.




Vous pouvez télécharger et lire cet indispensable manuel par le lien suivant :


Je vous conseille également la lecture de cet autre ouvrage de Baltasar Gracain, "Le Héros", que vous trouverez également chez nos amis Québéquois : http://beq.ebooksgratuits.com/Philosophie/Gracian-heros.pdf







vendredi 6 avril 2012

Edgar Morin : La méthode "L'humanité de l'humanité"

Edgar Morin, "La méthode", 5. L’humanité de l’humanité, "L’identité humaine".

Collection Essais, Points poche


De par la quête qui m'anime, je devais bien un jour ou l'autre, me retrouver à lire Edgar Morin. 
Qu'est-ce que l'identité ? Pouvoir et faiblesse de l'esprit. Comment l'esthétique rend le monde supportable...
Voici bien le genre de questions qui me préoccupent (Chacun ses chimères ;-).
J'ai toujours quelques scrupules à recopier ici les textes que je veux partager avec vous. Scrupules vis-à-vis de l'auteur. Je regrette même d'avoir donné mon nom à ce blog, car je ne voudrais pas que l'on pense que je veux me parer des bijoux d'autrui. Mais tout changer me demanderait trop de travail, aussi je continue comme j'ai commencé. Le but est de vous faire découvrir ces textes et surtout de vous donner envie de lire les livres et de les acheter !


Voici donc 3 extraits de ce livre passionnant :


2. L’identité polymorphe

Le Je continu et le Moi discontinu,  page 104.

Ecce homo… L’individu n’est ni notion première ni notion ultime, c’est une notion nœud gordien de la trinité humaine.
Il porte en lui au plus haut degré le paradoxe de l’un et du multiple.
Son unité produit une dualité et noue une multiplicité. L’Un comporte effectivement en lui altérité, scissions, diversité, négativité, antagonismes. Comme l’a dit Hegel, l’identité est l’union de l’identité et de la non-identité.
Le Moi-Je est comme l’atome : une unité apparemment simple, irréductible, primaire, en fait un système très complexe, multiple et contradictoire, où le noyau central est lui-même complexe.
La multipersonnalité nous est invisible parce que l’unité du Je l’occulte. Or l’unité de l’individu ne doit pas occulter sa multiplicité intérieure, ni celle-ci occulter son unité.
Nous devons décomposer la conception moniste, pleine, substancielle du sujet individuel pour la recomposer dans la complexité de son unité. Je unit l’hétérogénéité des Moi.
Là où il y a le grouillement, le multiple, le divers, l’anonyme, Je advient sans trêve. Le Je est l’unificateur d’une multiplicité formidable et d’une totalité multidimensionnelle.
Oui, il y a plusieurs Moi en une personne, mais ils ne se fréquentent guère et ils sont fédérés par un Je unique.
Tout individu contient en lui une personnalité dominante, qui ne réussit pas toujours à inhiber une deuxième personnalité antagoniste, et tient séquestrées deux ou trois personnalités plus ou moins cristallisées. La personnalité dominante peut être sujette à éclipses, et faire place à l’une des personnalités qui se cristallise en s’actualisant.
Un visage est un théâtre où jouent de multiples acteurs. Une vie aussi. Chacun subit des discontinuités personnalités dans son cheminement continu.
Les autres nous habitent, nous habitons les autres…
Chacun porte en lui la multiplicité et d’innombrables potentialités tout en demeurant un individu sujet unique.


3. Esprit et conscience

1. Pouvoir et faiblesses de l’esprit

L’erreur est humaine, page 107

Rappelons-le, l’esprit (mind, mente) émerge et se développe dans la relation entre l’activité cérébrale et la culture. Il devient l’organisateur de la connaissance et de l’action humaines. Il est généraliste, polycompétent, capable non seulement de résoudre mais aussi de poser des problèmes, y compris insolubles.
Rien n’est plus potentiellement ouvert que l’esprit humain, aventureux et curieux de toutes choses. Mais rien n’est plus clos que le cerveau humain, dont la clôture pourtant permet cette ouverture.
Le cerveau est enfermé dans sa boîte crânienne, et il ne communique avec l’extérieur que par le biais des terminaux tactiles, les traduisant en un code spécifique, transmettent ces informations codées en diverses régions du cerveau, qui les traduisent et les transforment en perception. Ainsi, toute connaissance, perceptive, idéelle ou théorique, est à la fois une traduction et une reconstruction.
Aucun dispositif cérébral ne permet de distinguer l’hallucination de la perception, le rêve de la veille, l’imaginaire du réel, le subjectif de l’objectif. Ce qui permet la distinction, c’est l’activité rationnelle de l’esprit, qui fait appel au contrôle de l’environnement (résistance physique du milieu au désir), de la pratique (action sur les choses), de la culture (référence au savoir commun), d’autrui (voyez-vous la même chose que moi ?), de la mémoire, de la logique. Autrement dit, la rationalité peut être définie comme l’ensemble des qualités de vérification, contrôle, cohérence, adéquation, qui permettent d’assurer l’objectivité du monde extérieur et d’opérer la distinction et la distance entre nous et ce monde.
Dès lors, vu que toute connaissance est traduction et reconstruction et que les fermentations fantasmatiques parasitent toute connaissance, l’erreur et l’illusion sont les problèmes cognitifs permanents de l’esprit humain.
En dépit de ses capacités de contrôle et de vérification, la connaissance humaine a couru et court toujours des risques formidables d’erreurs et d’illusions. Je les ai déjà examinés ailleurs. Ils sont d’ordres individuel (self-deception ou mensonge à soi-même, faux souvenirs, refoulements inconscients, hallucinations, rationalisations abusives, etc.) ; culturel ou social (empreinte dans l’esprit des certitudes, normes, tabous d’une culture) ; paradigmatique (quand le principe organisateur de la connaissance impose la dissociation là où il y a l’unité, l’unité là où il y a la pluralité, la simplicité là où il y a la complexité) ; noologique (quand un dieu, un mythe, une idée s’emparent d’un individu qui devient possédé par le dieu ou l’idée). Le problème de l’illusion traverse toute l’histoire, toutes les sociétés, tous les individus, et les esprits à peine désabusés sont prêts à tomber dans une autre illusion (de l’intégrisme communiste à l’évangile néo-libéral, par exemple).
La certitude de connaitre la vérité est loin d’être une garantie contre l’erreur. Comme disait Romain Gary : « Méfiez-vous de la vérité, elle commet toujours des erreurs. » Les évidences reconnues ne sont pas nécessairement telles ; seul l’esprit non conforme discerne que les évidences reçues sont illusoires, et perçoit des évidences auxquelles la plupart sont aveugles.
Comme l’erreur et l’illusion accompagnent sans relâche l’activité mentale de l’être humain, la rationalité se trouve sans relâche en œuvre afin de lutter contres elles, mais sans relâche, nous le verrons, la brèche ouverte entre l’esprit et la réel est recouverte par de nouvelles erreurs ou illusions.


6. La supportable réalité

Le pacte sur-réaliste, page 170

Nous l’avons déjà indiqué, plus notre civilisation devient vouée au calcul anonyme, à l’intérêt, à la technique, soumise à la bureaucratisation et la parcellisation du travail, plus il s’opère un contre-mouvement qui régénère le pacte poétique avec la vie. Il comporte aussi la recherche des petits plaisirs de la vie, des réunions d’amis et fêtes, des sourires et rires de la connivence, des jouissances gastronomiques et œnologiques que nous avons évoqués au précédent chapitre. Il y a mille petites poésies en suspensions dans le quotidien des conversations de bistro, plaisanteries, sourires de sympathie, regards sur des jolies filles ou beau garçons.
L’esthétique ne nous offre pas seulement une échappée vers des mondes imaginaires, elle transfigure la souffrance et le mal. La douleur de l’artiste nourrit la beauté des œuvres qui va rayonner sur les auditeurs, lecteurs ou spectateurs : « L’artiste doit délivrer le monde de la douleur même s’il ne se délivre pas de sa propre souffrance » (lettre d’André Suarès à Georges Rouault). Poésie, théâtre, littérature, peinture, sculpture et musique (songeons au second mouvement du Quintette en ut majeur de Shubert) nous offrent ce don sublime de l’art qui permet d’esthétiser la douleur, c’est-à-dire de nous la faire ressentir dans sa plénitude tout en jouissant de son expression.
L’esthétique nous permet de regarder en face ce qui nous épouvante et nous fait horreur : elle permet de contempler la fatalité, la mort atroce, la mort injuste, la mort odieuse, la mort catastrophe, la mort perte de soi-même, la mort perte des êtres chéris. La situation du téléspectateur permet de contempler esthétiquement tornades, ouragans, éruptions volcaniques (et à la limite l’esthétisation d’une catastrophe sismique mobilise les deux sentiments tragiques de la terreur et de la pitié, tout en suscitant aussi parfois une esthétique cynique de la catastrophe).
Comme nous l’avons indiqué, le spectateur du film se nourrit d’angoisse dans les suspenses, se nourrit de morts dans les thrillers, se nourrit de douleurs dans les peines, les tourments, les épreuves, les supplices que subissent les héros. La situation esthétique rend ainsi supportable l’insupportable. Terreur et pitié, les deux sentiments qui selon Aristote nous envahissent au spectacle de la tragédie athénienne, surgissent effectivement quand nous voyons les représentations des tragédies humaines. La tragédie, nous dit Dimitri Analis, « est communion avec les profondeurs de la vie… ouverture vers l’infini du destin et des souffrances » (inédit). Mais alors nous pouvons regarder de face, en situation esthétique, la terreur elle-même, l’horreur de la mort, l’atrocité du meurtre, le malheur de l’orphelin, la souffrance des trahis, méprisés, humiliés. Est-ce que s’opère alors une catharsis, comme le pensait Aristote, c’est-à-dire une « purification » du mal ? Elle nous en purifie provisoirement, en nous permettant d’exorciser le mal, la souffrance et la mort qui, comme la foudre vers le paratonnerre, se dirigent vers ces personnages fictifs, autres que nous-mêmes mais avec qui nous nous sommes d’une certaine façon identifiés, qui sont nos paratonnerres imaginaires, et meurent à notre place. Et c’est ainsi que nous pouvons consommer de façon pasteurisée la mort et le destin, mieux encore, en ressentir volupté et jouissance dans l’état esthétique.
Ainsi, l’esthétique nous fait ressentir du bonheur avec du malheur. Elle nous ramène à la condition humaine tout en nous divertissant, elle nous y fait plonger tout en nous distançant.
Ajoutons que, de façon fugitive, l’esthétique nous rend meilleurs, plus sensibles, compréhensifs. Nous nous éveillons au sentiment humain de compassion pour l’affligé, si absent dans la vie quotidienne, y compris pour les malheurs réels si proches de nous. Nous avons pitié du vagabond  pour qui nous avons du dégoût au sortir de la fiction. Nous cessons de réduire le gangster, l’assassin, le Macbeth, à leurs seuls traits criminels et nous comprenons la complexité humaine.
L’esthétique, par ailleurs, opère une collaboration simultanée avec la pensée mythologique et avec la pensée rationnelle en les dépassant l’une et l’autre dans son sur-réalisme.
Comme il a été dit plus haut, l’émotion esthétique, même en son extrême intensité, n’abolit pas une conscience rationnelle de veille, qui effectivement demeure une veilleuse tandis que l’esprit est en même temps emporté dans l’émotion, la participation, l’imaginaire ou le jeu. Les artistes, écrivains, poètes sont « inspirés » en fait par la pensée analogique-symbolique-mythologique, tout en faisant intervenir souvent, dans cette inspiration même, les opérations et les contrôles d’une pensée rationnelle-technique. (Le mot art contient en lui savoir-faire, technique, habileté). L’esthétique se situe au confluent où s’entre-fécondent les deux pensées, la mythique et la rationnelle, les deux univers, le réel et l’imaginaire.
Plus profondément, l’art se nourrit et nous nourrit de toute la richesse du mythe, du symbole, de l’analogie, tout en nous permettant d’extraire pour la conscience rationnelle les messages profonds inclus dans le mythe.
Ainsi, tout est esthétique ou esthétisé nous donne plaisir, bienfait, bonheur en même temps que chagrin, larmes et peine. L’esthétique éveille notre conscience. En animant les puissances inconscientes d’empathie qui sont en nous, elle nous rend, hélas de façon provisoire, meilleurs, compréhensifs, compatissants pour ceux que notre inhumanité ignore ou méprise. D’où sa vertu capitale dans notre civilisation, où elle est désormais séparée de la religion et de la magie : non seulement elle crée de la beauté, c’est-à-dire de la joie (a thing of beaty is a joy for ever), elle nous aide à supporter le trop-plein insupportable de la réalité, et du même coup à affronter la cruauté du monde.

jeudi 4 février 2010

Christian Carle : Du risque de fin du monde et de sa dénégation

Christian Carle : ''Du risque de fin du monde et de sa dénégation''
Paru en 2004 aux éditions de la Passion.

Dans son introduction, l’auteur imagine son lecteur ainsi : 

‘’ Je l’adresse à l’unique et improbable lecteur qui, un soir d’insomnie, l’ouvre en baillant plutôt que de compter des moutons. Il le tient de quelque autre qui l’a trouvé dans un caniveau, où son premier acheteur l’avait jeté de dépit, ayant cru à tort lire un récit de fiction. Il le feuillette d’abord distraitement, puis avec une attention croissante, et découvre bientôt, à sa grande surprise, qu’il contient de qu’il cherchait.

C’est à ce lecteur que je dédie mon livre’’.


Je suis très exactement ce lecteur improbable (à part le fait que j’ai trouvé ce livre dans le sous-sol d’une solderie parisienne de livres).


Ce petit livre (79 pages) se lit d’une traite, et il est brillant ! Je vais retourner en acheter d’autres pour les offrir autour de moi.

Vous pouvez bien sur le trouver sur Internet, chez Amazon, Fnac, etc…


J'ai choisi cet extrait qui commence à la page 23.

S'il fallait désigner l'apport le plus original du XX e siècle à l'histoire de la pensée, peut-être serait-il à chercher du côté de la mise à jour des mécanismes de dénégation, dans la mesure où ils ont rendu soudain extraordinairement problématique notre rapport tant à la vérité qu'à la réalité. D'un point de vue très général, on peut dire que ces découvertes amènent à penser que l'être humain possède un véritable génie pour se masquer les aspects les plus pénibles de la réalité, la mise en oeuvre de ce génie n'étant rien d'autre que la construction de la culture et des différents types de cultures, dont chacune représente une solution originale pour rendre la réalité supportable. 
Une culture est un système cohérent d’interprétation de la réalité, et notamment de tous les éléments de cette réalité qui constituent une menace pour la vie humaine : la mort, le caractère imprévisible des événements, le cours déchaîné des forces de la nature, la manière dont ce qui arrive est indifférent au mérite et à la bonne volonté des hommes. Contre ces menaces, la culture édifie la barrière d’un ordre humain qui, parce qu’il est produit par l’homme, lui est de ce fait compréhensible, et où tout ce qui arrive relève d’une explication possible. A l’intérieur de cet ordre, l’être humain ne rencontre que des intérêts humains, concernant des passions, des besoins, des désirs et des volontés humaines, et tout ce qui résiste à cette humanisation, l’ensemble de la vie de la nature avec toute son étrangeté, est à son tour anthropomorphisé dans le cadre de mythologies et de cosmologies qui assignent à l’homme une place importante, et qui établissent des liens de dépendance ou de filiation entre l’homme et les différents ordres infra- ou suprahumains, les hommes et les dieux, les hommes et les animaux, les hommes et les éléments de la nature. Le travail de la culture consiste alors à affiner progressivement ces premières interprétations, afin de mettre au jour ce qu’elles avaient encore d’unilatéral et de subjectif, et afin de se rapprocher d’une véritable connaissance de la réalité « telle qu’elle est ». Ce qui passe notamment par une prise de conscience du caractère de détour des réalisations de la culture, en tant que stratagèmes destinés à contenir la réalité dans les bornes d’une interprétation supportable. Que cette prise de conscience ne soit pas faite ou tarde à venir, la culture reste alors prisonnière de ses interprétations premières, lesquelles avec le temps deviennent de moins en moins aptes à rendre compte de la réalité, et elle finit par périr, ce dont l’histoire fournit d’innombrables exemples (le dernier en date étant celui de l’effondrement de l’empire soviétique).


Cependant, et quels que soient ses efforts de lucidité, il y a toujours pour une culture donnée un versant obscur, une chose qu’elle ne veut pas voir et qu’elle ne peut pas voir, parce qu’elle n’est visible que pour un observateur extérieur à sa structure, tel l’historien d’une autre époque expliquant après coup les raisons d’un déclin et d’une chute souvent pourtant clairement annoncés dans la constitution même de cette culture. Et elle peut d’autant moins la voir que cet aveuglement est lié à sa réussite même, au fait que la formule culturelle qui inclut l’aveuglement donne pleine satisfaction au point de sembler dispenser de l’épreuve de réalité, parce qu’elle parait immuniser contre toute menace. Dans l’histoire universelle, ce sont souvent les cultures les plus puissantes et les mieux constituées qui ont la vie la plus brève – Incas, Mayas, Aztèques, Grèce antique -, alors que d’autres, moins élaborées, peuvent rester stables de longs millénaires.


Que notre propre culture occidentale, avec sa tendance à se répandre sur toute la terre par le biais de ses valeurs, de son mode vie, de son régime politique dominant (la démocratie) et de son système économique, soit dans le premier cas, et que ses brillantes réussites masquent l’extraordinaire fragilité de ses postulats de base, cela ne fait guère de doute, et ce serait d’ailleurs une raison essentielle pour respecter les autres cultures vivantes et tenter d’apprendre d’elles ce que notre culture ne peut apprendre d’elle-même, plutôt que de chercher à les écraser. Que le développement même de ses activités internes, avec leurs ramifications allant à l’infini, produise comme conséquence inattendue, encore que prévisible par toute méditation des causes d’effondrement des cultures du passé, cet oubli de ce qui tombe en dehors d’elle et jusqu’à l’oubli qu’elle a elle aussi un dehors, oubli dont pourrait bien résulter un jour sa perte, c’est ce qui lui reste encore à apprendre de l’avenir.


Rien qu’à suivre cette piste de réflexion, il y aurait maintes conséquences utiles à dégager, et comme une loi de l’essor et de la chute des cultures, indépendamment des facteurs externes qui peuvent y concourir. Mais, et tout en réservant la possibilité d’y revenir, je souhaiterais plutôt pour l’instant aborder la question de la dénégation à travers les travaux de la psychologie du XXe siècle, c’est-à-dire là où, ainsi qu’il a été dit plus haut, cette dénégation et ses mécanismes ont été le mieux mis en lumière et ont donné lieu à des découvertes à bien des égards admirables.


Christian Carle est né en 1945 à Saint Cloud. Il enseigne la philosophie dans le Calvados. Il a publié ''La Société du crime'' (1996) et ''Libéralisme et paysage'' (2003) aux Editions de la Passion.

mercredi 27 janvier 2010

Lucien : De la beauté des femmes...



    Encore un dernier extrait de Lucien, ne serait-ce que pour vous prouver que des anciens grecs aimaient les femmes, et que ces derniers allaient jusqu'à les préférer cultivées...

    Que vaut la beauté sans la bonté, l'humanité, et tout ce qui va avec ?

Extrait du dialogue entre Polystrate et Lycinos, dans ''Les Portraits''

Ci-contre, un exemple de la beauté qui fait peur, celle d'une femme avec un masque de beauté à base de chocolat !

"Et de fait, comme tu n’es pas sans le savoir, j’accorde à la douceur, à l’humanité, à la générosité, à la culture, la préséance sur la beauté. Sinon, ce serait aussi absurde et ridicule que d’aimer les vêtements plutôt que le corps. Mais la beauté atteint à la perfection quand la vertu morale et le charme physique se rejoignent. Sans doute pourrais-je te citer bien des femmes remarquables sous le rapport de la beauté, mais qui par ailleurs font honte à cette beauté : il suffit qu’elle ouvre la bouche pour qu’elle perde sa fleur, se fane, car elle souffre de la comparaison, se discrédite en vivant – et elle vaut mieux que cela – avec une maitresse peu recommandable, son âme. Ce genre de femme me fait penser aux sanctuaires égyptiens : dans ce pays, le temple lui-même est très beau et très grand, bâti qu’il est de pierres coûteuses, rehaussé de dorures et de peintures, mais, à l’intérieur, si tu cherches le dieu, tu trouves un singe, un ibis, un bouc ou une chatte. On peut voir beaucoup de femmes qui ressemblent à cela. 
Eh bien, la beauté ne suffit pas, si elle n’est rehaussée d’honnêtes ornements, non pas, s’entends, d’habits de pourpre et de colliers, mais, comme je l’ai dit tout à l’heure, de vertu, de tempérance, de bonté, d’humanité, et de tout ce qui va avec."