vendredi 31 décembre 2010

Paul Watzlawick : « La réalité de la réalité - Confusion, désinformation, communication »

Paul Watzlawick : « La réalité de la réalité - Confusion, désinformation, communication »
Edité par le Seuil, Collection Points, Anthropologie Sciences humaines

C’est en rédigeant la note d’introduction au livre précédent « Gouverner par le chaos » que je me suis souvenu avoir lu ce livre de Paul Watzlawick
Je l’ai lu il y a trente ans, preuve que ma réflexion sur ce sujet remonte à loin. C’est en excellent livre, qui m’avait beaucoup impressionné à l’époque. La pensée de Watzlawick a fait son chemin depuis.
Je vous propose de lire l’avant propos de ce livre en espérant sincèrement que vous aurez envie de lire la suite.

Avant-propos (pages 7 à 9)

Ce livre traite du procès par lequel la communication crée ce que nous appelons réalité. Cette formulation peut de prime abord paraître des plus singulières, car on ne doute pas que la réalité est ce qui est, et la communication une simple manière de l’exprimer ou de l’expliquer.

En fait il n’en est rien. Comme ce livre le montrera, notre idée quotidienne, conventionnelle, de la réalité est une illusion que nous passons une partie substantielle de notre vie à étayer, fut-ce au risque considérable de plier les faits à notre propre définition du réel, au lieu d’adopter la démarche inverse. De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait ce qui existe, ce ne sont que différentes versions de celle-ci dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles.

Le rapport étroit entre réalité et communication est une idée relativement neuve. Si les physiciens et les ingénieurs ont depuis longtemps résolu les problèmes liés à la transmission efficace de signaux, si les linguistes ont été durant des siècles engagés dans l’exploration de l’origine et de la structure des langues, si les sémanticiens ont fouillés la signification des signes et des symboles, c’est seulement récemment que la pragmatique de la communication – autrement dit, l’étude des modes de communication par lesquels des individus peuvent en venir à entretenir des rapports délirants, ainsi que des différentes visions du monde qui en résultent – est devenue un terrain de recherches autonome.
Mon intention est de divertir le lecteur en lui proposant sous forme d’anecdotes certaines questions choisies de ce nouveau champs d’investigation scientifique ; des questions qui sont, je l’espère, inhabituelle et intrigantes, et cependant d’une importance immédiate et pratique pour expliquer et l’apparition de différentes conceptions de la réalité et la nature des conflits humains.

Certains des exemples utilisés, qui sont empruntés à la littérature, aux mots d’esprit, aux jeux et aux devinettes, peuvent sembler frivoles mais ne devraient pourtant pas faire oublier le sérieux de la démarche. L’interprétation scientifique dispose de deux méthodes : l’une consiste à développer une théorie pour montrer dans un deuxième temps comment les faits observables la corroborent ; l’autre présente de nombreux exemples tirés de contextes différents, puis entreprend d’en dégager, d’un point de vue pratique, la structure commune et les conclusions qui s’ensuivent. Dans la première méthode, les exemples ont valeur de preuve ; dans la seconde, leur fonction est métaphorique et illustrative : ils sont là pour expliquer quelque chose, pour le transcrire dans un langage plus accessible, mais nécessairement dans le but de prouver quoi que ce soit.

J’ai choisi la seconde approche et à travers elle j’espère permettre au lecteur de s’introduire, pour ainsi dire par la porte de derrière, dans le champ complexe de la formation du réel. Aucune connaissance préalable en la matière n’est nécessaire, aucune théorie ni formule ne sera infligée. Le cas échéant, on trouvera dans la bibliographie toutes références et sources utiles si l’on désire approfondir certaines questions qui retiennent l’intérêt.

Je serais heureux si ce livre pouvait avoir encore une autre utilité. Comme je l’ai déjà dit, la croyance selon laquelle iln’y aurait qu’une seul réalité, soit la façon dont on la voit soi-même, est une illusion dangereuse. Elle devient encore plus dangereuse lorsqu’elle est doublée d’une volonté prosélyte d’éclairer le reste du monde, que ce reste-ci veuille ou non d’une telle lumière. Refuser d’embrasser inconditionnellement une seule définition de la réalité, par exemple une idéologie donnée, oser jeter sur le monde un regard différent, peut alors devenir, à mesure que nous approchons de 1984, un « délit d’opinion » au sens d’Orwell. Je souhaite que ce livre contribue, si peu que ce soit, à prévenir ces formes de violence et à rendre la tâche plus ardue aux violeurs de conscience, laveurs de cerveau et autre milicien évangélistes des temps modernes.

J’ai entretenu un contact direct avec la majeure partie du matériel que je présente ici, que ce soit au cours de ma formation en langues vivantes et en philosophie, pendant des années de pratique de l’enquête criminelle, ou encore tout particulièrement à travers vingt-quatre années de travail en tant que psychothérapeute dont quatorze, jusqu’ici, comme « associé de recherche » au Mental Research Institute de Palo Alto (Californie). D’autres éléments de ce livre reposent sur l’enseignement et les consultations cliniques que j’ai dispensés à l’université de Stanford en tant que maître de conférences en psychiatrie, et sur les conférences que j’ai données dans de nombreuses universités et centre de recherche ou de formation psychiatrique aux Etats-Unis, au Canada, en Amérique Latine et en Europe. Cet essai aborde également un certain nombre de questions dont je n’ai qu’une connaissance théorique et indirecte ; il va de soi que je porte seul la responsabilité d’éventuelles erreurs.



Le livre se compose de trois parties : la première traite de la confusion, c’est-à-dire des brouillages de la communication et des distorsions corollaires qui se produisent involontairement ; la deuxième partie examine le concept quelque peu « exotique » de désinformation, par lequel j’entends les obstacles, impasses et illusions qui peuvent surgir lorsqu’on est volontairement à la recherche d’une information ou qu’au contraire on tente délibérément de la dissimuler ; la troisième est consacrée aux problèmes captivants liés à l’instauration de la communication dans des domaines où elle n’existait pas jusqu’alors, c’est-à-dire la création d’une réalité pouvant être partagée avec profit par des humains et d’autres êtres, à savoir les animaux et les extra-terrestres.




Je vous propose de découvrir par le lien suivant, quelques vidéos d'une conférence de Paul Watzlawick :  http://www.psychotherapiebreve.be/plus/videos/85-watzlawick-001.html
Elle est en allemand, mais le texte de la traduction est joint.


Et je viens de découvrir cette interview, bien intéressante également : "Nos solutions créent nos problèmes"





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