dimanche 27 septembre 2009

Jean Baudrillard : La société de consommation – Le gaspillage


Jean Baudrillard : La société de consommation – Le gaspillage


Toutes les sociétés ont toujours gaspillé, dilapidé, dépensé et consommé au-delà du strict nécessaire, pour la simple raison que c’est dans la consommation d’un excédent, d’un superflu que l’individu comme la société se sentent non seulement exister mais vivre. Cette consommation peut aller jusqu’à la ‘‘consumation’’, la destruction pure et simple, qui prend alors une fonction sociale spécifique. Ainsi, dans le potlatch, c’est la destruction compétitive de biens précieux qui scelle l’organisation sociale. Les Kwikiutl sacrifient des couvertures, des canoës, des cuivres blasonnés, qu’ils brûlent ou jettent à la mer pour ‘‘soutenir leur rang’’, pour affirmer leur valeur. C’est encore par wasteful expenditive (prodigalité inutile) qu’à travers toutes les époques, les classes aristocratiques ont affirmé leur prééminence. La notion d’utilité, d’origine rationaliste et économiste, est donc à revoir selon une logique sociale beaucoup plus générale où le gaspillage, loin d’être un résidu irrationnel, prend une fonction positive, relayant l’utilité rationnelle dans une fonctionnalité sociale supérieure, et même à la limite apparaît comme la fonction essentielle – le surcroit de dépense, le superflu, l’inutilité rituelle de la ‘‘dépense pour rien’’ devenant le lieu de production des valeurs, des différences et du sens -, tant sur le plan individuel que sur le plan social.


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En attendant, vous pouvez lire quelques citations ici : http://www.evene.fr/celebre/biographie/jean-baudrillard-801.php?citations

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