Lucien de Samosate : « Le menteur d’inclination, ou l’incrédule. »
Lucien de Samosate, rhéteur et satiriste de Syrie, écrivant en grec, vécu au IIème siècle de notre ère.
Il détestait par-dessus-tout la bêtise et l’hypocrisie, et il savait se moquer cruellement de toutes les croyances de son époque, qu’elles soient philosophiques ou religieuses. Et le deuxième siècle était particulièrement en effervescence de ce coté là…
Je vous conseille de lire ses histoires. Lucien avait beaucoup d’humour et aussi beaucoup d’imagination (il fut le premier à raconter un voyage sur la lune).
En lisant celle-ci, « Le menteur d’inclination, ou l’incrédule. », je me suis rendu compte que Walt Disney l’avait entièrement reprise dans son célèbre film Fantasia pour l’épisode de l’apprenti sorcier, avec Mickey. De là à conclure que ce cher Walt était un athée ayant lu Lucien, je n’ai fait qu’un pas !
Lisez plutôt cet extrait !
36. « Le lendemain, pendant que mon égyptien était occupé sur la place publique, je prends le pilon, je l'habille, je prononce les trois syllabes magiques et je lui ordonne d'aller puiser de l'eau. Il m'en apporte une amphore toute pleine, En voilà assez, » lui dis-je, n'apporte plus d'eau, redeviens pilon.» Mais le voilà qui refuse de m'obéir il continue d'apporter de l'eau et en remplit toute la maison. Je ne savais que faire je craignais que Pancratès ne se fâchât à son retour, ce qui arriva, en effet. Je saisis donc une hache, et je coupe le pilon en deux. Aussitôt chaque morceau de bois prend une amphore et va puiser de l'eau.
Au lieu d'un domestique, j'en avais deux. Sur ces entrefaites, Pancratès revient, devine aisément ce qui s'est passé, et change en bois mes porteurs d'eau, comme ils étaient avant l'enchantement.
Seulement, quelques jours après, il me laisse là. Sans que je m'en aperçoive et sans que j'aie pu savoir ce qu'il était devenu. Et maintenant encore, s'écria Dinomaque, vous savez
donc encore faire un homme d'un pilon ? Oui, vraiment, par Jupiter, dit Eucrate, ou du moins à moitié, car je ne pourrais pas le rappeler à la première forme, et, si j'en faisais un porteur d'eau, je courrais risque de voir ma maison inondée.
37. – Ne cesserez-vous pas, dis-je alors, de raconter des absurdités pareilles, vous, des vieillards? Si vous y tenez, remettez au moins à un autre temps, par égard pour les jeunes gens que voici, le récit de vos histoires incroyables ou effrayantes. Prenez garde de leur remplir la tête, sans le vouloir, de frayeurs et de fables étranges. Ménagez la jeunesse, et ne l'accoutumez pas à de semblables aventures, dont l'impression troublerait, pour tout le reste de la vie, la tranquillité.
L’intégralité de ses œuvres se trouve ici :
Et là :
Une de mes histoires préférées est celle de la mort de Pérégrinos. Les critiques la trouvent trop cruelle. Elle raconte comment le philosophe cynique Pérégrinos, mystique fou de lui-même, organise son suicide spectaculaire comme un ultime spectacle.
Derrière le rire cruel de Lucien, je devine pour ma part, la colère et le désespoir devant tant de folie.
A vous de juger, si le cœur vous en dit : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LUCIEN/Mort.html
PS : Remarquez que je n'ai pas fait un copier-coller de Mickey sur Internet, mais que j'ai pris la peine de le redessiner (pour éviter un procés avec la World Company ?)
