mercredi 2 novembre 2011

Michel Raymon : « Cro-magnon toi-même ! » Petit guide darwinien de la vie quotidienne.

Michel Raymon : « Cro-magnon toi-même ! » Petit guide darwinien de la vie quotidienne.
Editions Point, collection Sciences

J’ai hésité plusieurs mois avant de me décider à vous offrir un long extrait de l’excellent livre de ce chercheur en biologie évolutive à l’institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Vous me comprendrez probablement en le lisant, car j’ai poussé la témérité jusqu’à choisir le chapitre le plus délicat, celui dont son auteur conseille l’oubli salutaire dès sa lecture achevée ! Mais de quoi parle ce si dangereux chapitre vous demandez-vous ? Des différences entre les hommes et les femmes ! (Ouh la !)

Je me dis que finalement, avec un peu d’intelligence, ces révélations vous éviteront peut-être quelques inutiles disputes au sein de votre couple. Alors je vous souhaite une bonne lecture !

Surtout, surtout, achetez et lisez ce précieux guide ! Vous pouvez également visitez le site qui lui est dédié : http://www.cromagnontoimeme.fr/index.php

Quelles performances cognitives ? (pages 107 à 115)

Prenez un cerveau de chaque sexe, comparez-les au jeu des différences : l’exercice est facile. L’asymétrie des hémisphères n’est pas marquée de la même façon : il y a plus de matière grise dans l’un et davantage de matière blanche dans l’autre. Le détail anatomique de la plupart des régions n’est pas le même, y compris pour les régions impliquées dans les fonctions « cognitives », comme l’hippocampe et le néocortex, etc. Avec des outils d’observation plus poussés, vous observerez des différences pour la plupart des neurotransmetteurs, ces signaux chimiques fabriqués par des neurones et destinés à influencer d’autres neurones. Pour résoudre une même tâche relativement simple (par exemple la prononciation de mots nouveaux), vous constaterez que des régions différentes du cerveau sont sollicitées chez les hommes et les femmes. Et évidemment, avec une blouse blanche et armé des outils de la biologie moléculaire, vous constaterez que l’expression des gènes diffère d’un sexe à l’autre, comme chez les animaux modèles ci-dessus.

Qu’en est-il des performances de ces cerveaux ? Avec de telles différences anatomiques, physiologiques et moléculaires, il n’est pas étonnant de trouver aussi des différences fonctionnelles. Certains résultats sont maintenant classiques : les femmes, en moyenne, maitrisent mieux le langage que les hommes, et en usent différemment ; elles sont aussi meilleures dans l’interprétation des expressions faciales, la représentation de l’état mental d’autrui, la mémoire de la localisation des objets ; les hommes, eux, sont meilleurs en moyenne dans les exercices de rotation mentale (il faut par exemple faire tourner mentalement un objet pour décider s’il est équivalent ou non à un objet témoin), pour estimer la vitesse d’un objet et prédire son trajet, réaliser mentalement une cartographie d’un lieu. Que l’on considère la vision, l’ouïe, la mémoire, les émotions, l’orientation, la latéralité manuelle, ou encore l’action des hormones de stress, dans tous ces domaines, entre hommes et femmes les différences se marquent nettement. On peut apprécier un fonctionnement mental différent au travers de la prévalence des formes extrêmes : les femmes souffrent davantage de migraine, de dépression, de phobies, d’anorexie ; par contre l’autisme est plus fréquent chez les hommes (quatre fois plus), y compris les formes les plus légères (dix fois plus), ainsi que les comportements antisociaux, les formes graves de schizophrénie, le bégaiement, la dyslexie, entre autres ; la liste serait longue. Pendant de nombreuses années le sujet était tabou : on ne parlait pas de différences sexuelles à propos du cerveau. Depuis une dizaine d’années, les scientifiques découvrent des cerveaux incroyablement différents : « …il y a maintenant tout un ensemble de données qui montrent que les hommes et les femmes différent, d’une façon constante, dans un grand nombre de domaines neuropsychologiques. » Mais d’où proviennent ces différences ?

Les origines des différences

L’influence hormonale est incontestable dans un certain nombre de traits, ceux, par exemple, qui apparaissent ou s’accentuent au moment de la puberté. Certaines situations permettent une sorte d’expérimentation : tel est le cas des traitements hormonaux donnés pour des raisons médicales, ou aux personnes désirant changer de sexe : on observe alors qu’un apport de testostérone améliore les performances du test de rotation mentale, et diminue la fluidité verbale. Les variations saisonnières du taux de testostérone chez les hommes, ainsi que les variations hormonales au cours du cycle menstruel chez les femmes, induisent des variations concomitantes dans les performances à ce test. Autre exemple, la résistance à la douleur : les hommes sont plus résistants à la douleur que les femmes, et cela peut être inversé par des traitements hormonaux. Pour les femmes, la résistance à la douleur varie au cours du cycle menstruel. Pour les hommes, certaines situations sociales peuvent augmenter cette résistance : il suffit de réaliser le test en public, ou bien en présence de jolies femmes – ce qui entraine une production d’hormones -, et la résistance à la douleur augmente.

Les hormones peuvent être modulées par des événements sociaux : on connait l’exemple classique du supporter, devant sa télévision, dont le taux de testostérone augmente ou diminue selon l’issue du match. Dans quelle mesure la vie sociale, encore dominée par les hommes, peut influencer certaines différences entre les cerveaux de chaque sexe reste une question ouverte. Pour le mammifère qui présente le système hiérarchique le plus strict en ce qui concerne la reproduction (le rat-taupe, un rongeur souterrain africain), c’est le statut social et non le sexe qui est le principal déterminant des différences morphologiques du cerveau. On sait aussi que la spécialisation dans une fonction entraine des changements dans le cerveau : l’exemple le plus connu est celui des chauffeurs de taxi, qui utilisent intensément des cartes mentales, provoquant des changements morphologiques dans une région particulière du cerveau (l’hippocampe). Des événements particulièrement forts peuvent également modifier le fonctionnement du cerveau.

Quoi qu’il en soit, chez l’Homme, certaines différences s’observent très tôt : quelques heures après la naissance, les filles sont – déjà – davantage attirées par les visages, et les garçons par des objets physiques ou mécaniques. Cette différence, qui préfigure la plus grande sociabilité des filles, est ici nécessairement biologique ; elle préfigure également la préférence des garçons pour les camions, et celle des filles pour les poupées : essayez d’intéresser les jeunes gadrçons aux poupées, vous échouerez certainement. Incidemment, on retrouve ce type de préférence différentielles entre les sexes chez un autre primate : les jeunes femelles cercopithèques préfèrent les poupées, et les jeunes mâles les camions. Ces préférences chez les primates sont le signe d’une différence assez profonde dans les structures du cerveau. On en déduit que la tradition sociale qui attribue les jouets suivant le sexe ne fait que renforcer une préférence préexistante, sans la créer. Sans doute la préférence des filles pour la couleur rose, que l’on retrouve dans diverses cultures, suit-elle également ce schéma.

Il vous est peut-être arrivé de constater, entre hommes et femmes, un désaccord sur le choix des couleurs, par exemple quant à la façon de les nommer, de les assortir ou de les différencier. Un partisan de la paix des ménages conseillerait à l’homme de ne pas chercher à argumenter et de faire profil bas sur ces questions ; il expliquerait aussi à l’un et à l’autre qu’ils ont probablement une différence génétique dans la perception des couleurs, l’avantage allant incontestablement à la femme. Une fois cette différence biologique comprise par chacun, la vie peut reprendre avec un peu moins d’incompréhension réciproque. Que se passe-t-il exactement ?
Tout d’abord, on observe fréquemment chez l’homme une déficience dans la perception des couleurs. Notre espèce est considérée trichromatique : à l’état normal nous possédons trois types de cônes dans la rétine. On trouve de temps en temps (8-10%) des hommes daltoniens, auxquels il manque un type de cônes : ils sont alors dichromates. Comme les singes mâles du Nouveau Monde, ces daltoniens dichhromates ont du mal à percevoir certaines couleurs, mais en revanche, ils sont avantagés dans la détection d’objets camouflés. Par ailleurs, certaines femmes possèdent une originalité génétique dans la perception des couleurs : avec quatre types de cônes, elles sont tétrachromates, ce qui leur donne une vision très différentes du monde coloré. Sont-elles nombreuses ? Les avis divergent, car il n’existe pas encore d’étude à une échelle suffisante : on parle souvent de 50% des femmes, mais cette estimation est basée sur un échantillon de … quatre femmes. On attend impatiemment des études fiables pour apprécier l’étendue du phénomène !

Conclusion

En sciences humaines et sociales la mode était au XXème siècle, de ne rien attribuer aux effets biologiques. L’autisme, par exemple, était attribué au comportement des parents. On considère encore le comportement féminin et masculin comme résultant uniquement d’une construction culturelle : il en est ainsi de l’attraction des filles vers les poupées et de l’engouement des garçons pour les sports violents. Sans entrer dans l’histoire des sciences, ce refus obstiné d’envisager la possibilité de l’existence de déterminismes biologiques chez l’Homme a été un frein à la reconnaissance de l’ampleur réelle des différences entre les sexes. Hommes et femmes sont différents génétiquement, chromosomiquement, physiologiquement, anatomiquement, physiquement et cognitivement. A ces aspects biologiques s’ajoutent des effets culturels, qui généralement les amplifient, et des habitudes sociales, qui résultent historiquement d’une forte domination masculine.

Ces différences entre hommes et femmes s’intègrent dans l’ensemble des différences que l’on observe entre les sexes dans le monde vivant. Hommes et femmes n’ont pas les même stratégies de reproduction ni les mêmes types d’investissement parental. Ils n’ont pas le même potentiel reproductif, la même possibilité d’imposer leur choix ou de manipuler l’autre. La sélection a donc opéré différemment dans chaque sexe, ce qui explique des adaptations physiques, physiologiques et cognitives entre mâles et femelles, et entre hommes et femmes, dans l’espèce humaine. Les garçons sont attirés par les sports qui préfigurent les activités violentes des adultes ; les filles s’intéressent à un substitut de nourisson, comme entrainement aux maternités futures : on peut voir là une marque culturelle de despotisme masculin imposant des rôles. Plus justement, on y verra une spécialisation biologique, entretenue culturellement (et là, le despotisme masculin peut intervenir), certainement sélectionnée depuis des temps immémoriaux. Mais les différences biologiques entre les sexes ne se cantonnent pas aux jeux d’enfants : on les retrouve à tous les niveaux de la vie, y compris dans la plus grande longévité des femmes. Médicalement, on a longtemps ignoré les différences biologiques entre hommes et femmes, sauf celles en rapport direct avec la reproduction. On commence maintenant à les étudier sérieusement, comme l’annonce la branche médicale de l’Académie des sciences américaine en 2001 : «  Le sexe est important. Il est important dans des domaines inattendus. Indubitablement, son importance va se révéler dans des domaines que nous n’avons même pas commencé à imaginer. »

Certaines différences sociales entre les sexes, sans aucune base biologique possible, sont préoccupantes dans notre société, comme l’inégalité de salaire à travail égal. Mais chercher une égalité sociale en s’appuyant sur une prétendue égalité biologique n’est probablement pas la bonne piste. On peut bien sûr rechercher l’égalité des sexes dans les domaines politique, social ou éducatif, entre autres, mais aucune tentative n’aboutira complètement si elle ignore ce qui fondamentalement sépare l’homme et la femme. C’est au contraire en étalant au grand jour ces différences biologiques, en circonscrivant leur étendue (y compris les variations entre les groupes humains) et en expliquant leur origine que l’on pourra poser les bases nécessaires permettant de construire une véritable égalité sociale entre les hommes et les femmes. Ces différences biologiques ne sont pas éternelles, mais c’est à une échelle évolutive qu’elles peuvent changer et, éventuellement, diminuer, si la sélection va dans ce sens. Il reste à l’homme et à la femme à déterminer si cette égalité biologique (qui inclut l’allaitement paternel) est souhaitée et souhaitable.

Enfin, n’oublions pas qu’il est d’usage, dans notre société française, de considérer la différence entre l’homme et la femme comme une construction sociale. Il est donc politiquement incorrect d’envisager que des facteurs biologiques puissent expliquer une partie des différences physiques et, surtout, cognitives entre les hommes et les femmes. Ne faites donc pas usage des données de ce chapitre dans les conversations de salon, surtout si vous voulez lustrer ou avantager votre position dans le groupe social qui vous entoure. Évitez également ce sujet dans un premier tête-à-tête au restaurant : vous aurez à faire montre de beaucoup d’éloquence pour compenser semblable maladresse. En fait, il est certainement préférable d’oublier complètement ce chapitre et de passer vite au suivant…


PS : Afin de jeter tout de même un peu d'huile sur le feu, je vous conseille de vous renseigner sur cette très controversée théorie du genre que l'Education Nationale aurait décidé d'enseigner à nos chers petits... (;=))

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