vendredi 18 juin 2010

Science en conscience - Global Chance







Global Chance est une association de scientifiques et d’experts partageant la conviction qu’un développement mondial plus équilibré peut et doit résulter de la prise de conscience croissante des menaces qui pèsent sur l’environnement global.


On peut télécharger toutes leurs publications sur leur site : 



J'ai choisi pour vous un extrait du cahier N°20 de février 2005 : "Les utopies technologiques : alibi politique, infantilisation du citoyen ou lendemains "

L'article "D'une confiance aveugle dans les technologies à la nécessité d'une science en conscience" a été rédigé par Marie-Christine Zèlem du CERTOP.

Parmi les facteurs qui freinent toute protestation massive de la part de l'opinion publique, on trouve le poids du préjugé selon lequel critiquer les projets scientifiques serait une entreprise de régression civilisationnelle. Car, mettre en cause le progrès, c'est remettre en cause ce qui le symbolise, c'est à dire le confort, l'efficacité, la communication, la mobilité, la santé, la rapidité, le « développement »… Pèse aussi la certitude du caractère irréversible de la trajectoire technologique (le progrès technologique étant pensé comme un « allant de soi ») ; ce qui justifie des dérives d'autant plus faciles à occulter qu'elles sont lointaines (dans l'espace et surtout dans le temps). Ajoutons à cela le mythe de la transparence largement alimenté par les médias: le grand public, qui forge son opinion à partir de la masse d'informations diverses qu'il reçoit, n'a pas toujours conscience de la capacité des médias à traduire, sélectionner et reconstruire les réalités et les enjeux scientifiques. Enfin, « le grand public » s'exprime peu car, même s'il se sent otage, d'une part il se réfugie derrière l'illusion de la neutralité de la technique, d'autre part, ses savoirs ne sont pas reconnus. Surtout, il se heurte à la capacité du pouvoir légitime à confisquer la parole du citoyen, du moins à la cantonner à s'exprimer à l'occasion de tribunes savamment contrôlées.


Face à l'incertitude et aux mobilisations de plus en plus visibles des citoyens, les pouvoirs publics mettent en avant des arguments technico-économiques pour imposer leurs décisions. Leur principale mission est de rassurer l'opinion… sans pour autant résoudre le problème soulevé. Les projets technologiques qui en découlent sont alors présentés sous le registre de l'amélioration, du perfectionnement, avec pour corollaire, la capacité à résoudre des problèmes majeurs de notre société comme celui de l'épuisement des énergies fossiles. C'est exactement ce type de discours qui sous-tend le projet d'ITER (le réacteur à fusion nucléaire supposé reproduire sur Terre l'énergie du Soleil), tout comme le projet de l'EPR (European Pressurized Reactor) qui n'est rien d'autre qu'une nouvelle centrale nucléaire. Ces deux projets sont en réalité appelés à devenir des vitrines technologiques pour leurs promoteurs qui supportent mal la critique qui, au-delà du « comment », porte nécessairement sur le « pourquoi faire ». Au fond, cette dernière interrogation soulève le problème de la confiscation du progrès technologique par les lobbies et son orientation vers des intérêts qui ne rejoignent pas nécessairement l'intérêt général.


PS :
Je remercie chaleureusement Sisyphe pour son message