lundi 28 septembre 2009

Alain : Propos sur le bonheur, "empoisonnés de religion"


Alain : Propos sur le bonheur, chapitre LVIII, de la pitié (extrait)

Comment donc faire ? Voici. Il faudrait n’être pas triste ; il faudrait espérer ; on ne donne aux gens que l’espoir que l’on a. Il faudrait compter sur la nature, voir l’avenir en beau, et croire que la vie triomphera. C’est plus facile qu’on ne croit, parce que c’est naturel. Tout vivant croit que la vie triomphera, sans cela il mourrait de suite. Cette force de vie vous fera bientôt oublier le pauvre homme ; eh bien, c’est cette force de vie qu’il faudrait lui donner. Réellement, il faudrait n’avoir point trop pitié de lui. Non pas être dur et insensible. Mais faire voir une amitié joyeuse. Nul n’aime inspirer la pitié ; et si un malade voit (partie de texte manquante) n’éteint pas la joie d’un homme bon, le voilà soulevé et réconforté. La confiance est un élixir merveilleux.

Nous sommes empoisonnés de religion. Nous sommes habitués à voir des curés qui sont à guetter la faiblesse et la souffrance humaines, afin d’achever les mourants d’un coup de sermon qui fera réfléchir les autres. Je hais cette éloquence de croque-mort. Il faut prêcher sur la vie, non sur la mort ; répandre l’espoir, non la crainte ; et cultiver en commun la joie, vrai trésor humain. C’est le secret des grands sages, et ce sera la lumière de demain. Les passions sont tristes. La haine est triste. La joie tuera les passions et la haine. Mais commençons par nous dire que la tristesse n’est jamais noble, ni belle, ni utile.

5 octobre 1909

Découvrez Alain sur ce site qui lui est dédié : http://alinalia.free.fr/spip.php?article199
Vous y lirez un article intéressant traitant de la crise économique de...1929.

1 commentaire:

Nikopol a dit…

Bravo pour ce blog, bon maintenant, faut trouver le temps de le lire !