dimanche 30 août 2009

Un livre à habiter

Ce blog-note est presque un anti-blog perso, puisque j'ai décidé de n'y proposer que des textes écrits par d'autres. Mais je ne suis pas dupe, on ne reconnait chez les autres que ce que l'on connait de soi.
En guise de présentation je ne vous proposerai que ce texte perso, retrouvé il y a quelques soirs. J’y ai retrouvé mon vieux rêve d’écrire un livre pour y habiter. Je caresse toujours l'idée de réaliser ce projets un jour, mais ce ne sera pas dans ce blog.

Amicalement
Bertrand


Je ne trouverai encore pas ce soir, assez de temps pour écrire, à moins que...

Il est près de 23h, j’ai travaillé tout l’après midi et j’avais prévu de travailler encore ce soir. Mais j’en ai assez, j’abandonne.

Il y a encore 5 min, j’étais dans la chambre de mon garçon et je tentais de dissiper avec lui le brouillard laissé par un cauchemar. Il semble aller mieux à présent. J’ai réussi peut-être à lui glisser dans la tête quelques idées jolies.

Mais je n’ai plus le courage de me remettre à travailler.

J’aimerais pouvoir écrire jusqu’à demain, écrire comme l’on soupire, écrire comme l’on saigne.
Mais lundi est bientôt là qui me guette, avec son pesant de quotidien.

J’aimerais suivre le fil de ces mots qui ne demandent qu’à courir sur la blanche plaine de l’écran. Bâtir avec leur aide des d’histoires en formes de cabanes ou de cathédrales. Faire la chasse à ceux que je n’ai jamais osés attraper de crainte de me trouver. Les jeter en vrac, les mélanger, et puis décrypter ce que je n’ai pas pensé écrire.

J’aimerais savoir écrire un livre que je pourrais habiter. Chaque soir j’y tournerais la page et m’installerais au coin d’un bon feu, auprès d’une vraie famille. J’y retrouverais des amis fidèles. N’as-tu jamais ressenti cette sensation familière de «déjà vu » ou de «comme chez soi », au détour d’un livre ? Je repense à l’instant à cette maison d’été de bord de mer anglais, dans le roman de Virginia Woolf, «promenade au phare » («to the light house ? »). Comme j’aurais aimé l’acheter, plutôt que de la voir abandonnée, quelques chapitres plus loin ! Oserais-je te parler de ces quelques femmes rencontrées et aimées, au détour d’un livre. Je me souviens avoir été amoureux fou à 20 ans d’une cantatrice du 19ème siècle, dont un voyageur du temps tombait lui-même amoureux. C’était un roman d’anticipation, elle se nommait Elise Mc Kenna, je ne l’ai jamais oubliée. Il y a des paysages ou des scènes de romans, que je reconnaîtrais instantanément si la chance m’était donnée de les retrouver. Il y tant d’amis que j’ai perdus aussi ! J’aimais bien Ulrich, cet «homme sans qualité » du roman fleuve de Musil, peut-être parce que j’ai traversé avec lui, les 1600 pages de son histoire inachevée. Il y a des villes dans lesquelles j’en suis sûr, mon fantôme certains soirs de pleine lune, traverse encore les murs. Ainsi cette fantastique mégapole du roman de Ferenc Karinthy «Epépé». Cité énigmatique dans laquelle se retrouve le personnage principal - un éminent linguiste - après avoir été débarqué une nuit d’un avion en transit. Ville immense dans laquelle la population parle un langage totalement inconnu, et qui malgré les efforts du pauvre homme, lui restera jusqu’à la fin, totalement inconnu. Très kafkaïen. Une belle parabole sur l’impossibilité de pouvoir réellement communiquer. Un de mes livres préférés.

Famille et amis.
 Je considère comme des oncles chéris, Voltaire et Rousseau. Voltaire parce qu’il m’a appris à rire de tout. Et Rousseau parce qu’il m’a appris que l’on pouvait pleurer aussi. J’aime aussi Victor Hugo, pour «l’homme qui rit» et pour «93». Au pire de mes tourments, j’ai serré dans ma poche, le manuel d’Épictète. Et la maturité venu, j’ai enfin compris la fulgurante lucidité de Nietzsche et comme lui j’ai aspiré au jardin d’Epicure et à son aréopage d’amis.

La seule fois que j’ai eu une maison à moi, le premier meuble que j’y fis entrer, celui qui fut également le dernier à en sortir lorsque je perdis la maison, ce fut un livre.

Écrire un livre comme l’on se bâtirait une maison, pour l’habiter. Tel est mon étrange rêve.
Dans mon livre il y aurait un jardin un soir d’été, une grande tablée et plein d’amis autour venus de loin qui parleraient fort et riraient encore plus fort. Dans mon livre, il y aurait un écureuil qui chaque matin dégringolerait du sapin devant ma fenêtre, pour chaparder quelques miettes de mon petit déjeuner. Il y aurait une page où ma fille ferait ses premiers pas, et puis une autre où mon garçon lirait ses premiers mots. Il y aurait un visage de femme, puis des sourires de femmes... Il y a aurait le chapitre où je fais une inoubliable plongée de nuit et puis celui ou je ferraille contre les félons de mon cours d’escrime. Il y aurait la verte campagne de bourgogne et les calanques bleues marines de la Méditerranée. Il y aurait des nuits passées à écrire. Il y aurait des soirs de Noël, des rayons de soleil et des courants d’air, un chien qui ronfle et un feu qui craque, des guitares électriques et un piano, et des peintures et des livres... Et puis sûrement, il y aurait aussi cette page, dans laquelle j’écris un soir ce texte à quelqu’un à qui je raconte mon rêve d’écrire un roman dans lequel je pourrais habiter !

Mais ce roman, comme tout le reste, semble inaccessible.

Lundi matin fronce à présent les sourcils.

Il me faut travailler pour chauffer les livres des autres.

J’espère que tu ne m’en voudras pas de t’avoir fait visiter ces quelques lignes de mon rêve écrit. Peut-être un jour trouverai-je le temps de me bâtir ce livre à vivre. Si c’est le cas, sois en sure, quelque part l’on t’y trouvera.